Note méthodologique — Cette enquête est basée exclusivement sur des sources officielles et publiques publiées en 2025-2026 : Observatoire suisse de la santé (Obsan), Office fédéral de la statistique (OFS), Pro Juventute, Union des étudiant·e·s de Suisse (UNES). Toutes les données sont vérifiables et citées en fin d’article. Ne constitue pas un avis médical.
Introduction : Une génération en souffrance
Léa a 16 ans. Il y a deux ans, c’était une bonne élève, souriante, entourée d’amis. Aujourd’hui, elle a décroché du lycée, ne sort plus de sa chambre, et passe ses nuits sur les réseaux sociaux à regarder défiler des vies qu’elle ne vit pas. Ses parents ont tenté de trouver un psychologue. La première disponibilité ? Dans huit mois.
Léa n’est pas un cas isolé. Elle est l’une des milliers de jeunes qui, en Suisse, souffrent en silence, faute d’une prise en charge adaptée. Les chiffres publiés par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) dans son Rapport national sur la santé 2025 sont sans appel : la santé mentale des jeunes s’est dégradée de manière alarmante ces dernières années 15.
Ce constat, confirmé par l’étude jeunesse 2026 de Pro Juventute, réalisée en collaboration avec le service de psychiatrie et de psychothérapie pour enfants et adolescents de la clinique psychiatrique universitaire de Zurich (KJPP), dresse le portrait d’une génération sous pression 47.
Les questions qui traversent ce débat sont nombreuses : les jeunes vont-ils vraiment plus mal qu’avant, ou le système est-il simplement dépassé ? Quelles sont les causes de cette souffrance ? Comment la Suisse répond-elle à ce défi de santé publique ?
Partie 1 : État des lieux — Ce que disent les chiffres (2025-2026)
1.1 Le Rapport national sur la santé 2025 de l’Obsan
L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) a publié en 2025 son rapport national sur la santé, consacré à la santé mentale 1. Ce document de 480 pages, édité par l’Office fédéral de la statistique, propose une vue d’ensemble approfondie de la situation en Suisse 5.
Selon ce rapport, 20 à 40 % des personnes vivant en Suisse remplissent une fois au cours de leur existence les critères d’une dépression, une personne sur quatre les critères d’un trouble anxieux et une personne sur six les critères d’un trouble lié à une substance 5.
1.2 L’étude jeunesse 2026 de Pro Juventute
L’étude jeunesse de Pro Juventute a interrogé 960 jeunes âgés de 14 à 25 ans issus des trois grandes régions linguistiques de Suisse durant l’été 2025 47.
Les résultats encourageants :
– 88 % des jeunes interrogés déclarent se sentir bien sur le plan psychique 4.
– Les relations avec les parents et les amitiés restent, pour une large majorité, des ressources essentielles pour leur santé mentale.
Les résultats préoccupants :
– Un jeune sur dix indique suivre actuellement un traitement psychothérapeutique, les filles et les jeunes femmes étant deux fois plus nombreuses que les garçons 49.
– Plus de la moitié des jeunes femmes s’inquiètent pour leur santé mentale et une sur trois se sent souvent fatiguée, voire épuisée 47.
– Les jeunes femmes consultent trois fois plus souvent des spécialistes que les jeunes hommes 4.
1.3 L’enquête sur les étudiant·e·s de l’OFS
L’enquête sur la situation sociale et économique des étudiant·e·s (SSEE), publiée par l’OFS le 20 novembre 2025, confirme ces tendances dans l’enseignement supérieur 8 :
– 29 % des étudiant·e·s souffrent de symptômes de dépression modérée à sévère, contre 23 % en 2020.
– Les femmes sont particulièrement touchées : 36 % d’entre elles présentent ces symptômes.
– Les étudiant·e·s ayant des difficultés financières importantes sont les plus vulnérables : 46 % souffrent de symptômes dépressifs.
1.4 Synthèse des chiffres clés
- 88 % se sentent bien psychiquement (14-25 ans) — Pro Juventute 2026 4
- 10 % suivent un traitement psychothérapeutique (14-25 ans) — Pro Juventute 2026 4
- 29 % souffrent de symptômes dépressifs (étudiant·e·s) — OFS 2025 8
- 20-40 % risquent une dépression au cours de la vie (population générale) — Obsan 2025 5
- 10 % se tournent vers l’IA en cas de difficultés (14-25 ans) — Pro Juventute 2026 4
Partie 2 : Les causes — Pourquoi les jeunes vont-ils mal ?
2.1 La pression scolaire et l’avenir professionnel
Selon l’étude jeunesse de Pro Juventute, le stress lié à l’école et à la formation reste le principal facteur de stress : plus d’un tiers des jeunes se sentent sous pression, et près d’une jeune femme sur deux 4.
Les préoccupations concernant l’avenir professionnel ont augmenté : environ un tiers des jeunes s’en inquiètent, contre 25 % lors de la première enquête en 2024 47. Parallèlement, le sentiment d’auto-efficacité a nettement diminué : seulement un peu plus d’un tiers des jeunes déclarent se sentir capables d’agir activement pour résoudre leurs propres problèmes, alors que c’était le cas d’encore la moitié lors de la première enquête.
2.2 Les crises mondiales et l’éco-anxiété
40 % des jeunes déclarent se sentir affectés par les guerres et les conflits dans le monde, contre environ un quart en 2024 479. Environ un tiers s’inquiète de la situation mondiale et de l’évolution de la société.
Cette inquiétude se retrouve dans les choix de vie : selon les données de l’enquête sur la santé de l’OFS, le nombre de personnes âgées de 20 à 29 ans qui ne souhaitent pas avoir d’enfants a environ triplé entre 2013 et 2023, concernant aujourd’hui une personne sur six dans cette tranche d’âge. Parmi les facteurs cités figurent les conditions de travail et les craintes liées à la crise climatique 6.
2.3 Les réseaux sociaux et les médias numériques
L’étude Pro Juventute apporte des nuances importantes 47 :
– Pour la majorité des personnes interrogées, les réseaux sociaux ne constituent pas une source de stress directe : seuls 18 % se sentent stressés par leur utilisation.
– 36 % déclarent que les réseaux sociaux ou les jeux vidéo améliorent leur humeur.
– Cependant, la moitié des jeunes disent avoir du mal à poser leur téléphone.
– Environ un quart continue d’utiliser les médias numériques malgré des effets négatifs.
– Une personne sur cinq estime que sa consommation médiatique est problématique.
2.4 Les inégalités sociales et migratoires
L’étude jeunesse met en évidence des différences marquées chez les jeunes ayant un parcours migratoire 47 :
– 24 % d’entre eux déclarent être très souvent stressés par les examens, contre 11 % chez les jeunes non issus de la migration.
– Les jeunes issus de l’immigration se préoccupent davantage de questions financières et sont plus souvent confrontés à la discrimination.
– 46 % des étudiant·e·s ayant des difficultés financières importantes souffrent de symptômes dépressifs, contre 29 % en moyenne 8.
Partie 3 : La réponse du système de soins — Un système saturé
3.1 Les lacunes identifiées
Pénurie de professionnels : Le nombre de pédopsychiatres et de psychologues formés est insuffisant face à la demande croissante. L’étude Pro Juventute montre qu’un jeune sur dix suit actuellement un traitement psychothérapeutique, ce qui représente une pression considérable sur un système déjà saturé 4.
Disparités cantonales : L’offre de soins varie considérablement d’un canton à l’autre, créant des inégalités d’accès structurelles.
Coût des soins : Les psychologues ne sont pas remboursés par l’assurance de base sauf prescription médicale, ce qui limite l’accès pour les familles aux revenus modestes. Rappelons que 81 % des étudiant·e·s dépendent du soutien financier de leurs parents, soutien qui tend à diminuer 8.
3.2 L’IA comme nouveau recours
Un phénomène inédit est mis en lumière par l’étude jeunesse 2026 : un jeune sur dix indique se tourner vers l’intelligence artificielle (comme ChatGPT) en cas de difficultés 479. Une proportion similaire indique se tourner vers des services spécialisés et des offres de conseil, comme le numéro d’urgence 147 de Pro Juventute.
Ce recours à l’IA interroge : faut-il y voir un signe de désarroi, un manque de confiance dans les adultes, ou une adaptation aux nouveaux outils ? Les professionnels s’inquiètent de voir des jeunes confier leurs problèmes à des algorithmes plutôt qu’à des humains formés.
Partie 4 : Initiatives prometteuses
4.1 Le cycle de soutien 2026 de Promotion Santé Suisse
Promotion Santé Suisse a lancé un cycle de soutien 2026 sur le thème « Amélioration de la santé psychique chez les jeunes femmes — Repérage et intervention précoces » 3. Cette initiative cible spécifiquement les jeunes femmes, qui sont deux fois plus touchées que les garçons.
4.2 Les consultations à bas seuil
Des structures comme Tschau à Zurich ou Point Jeunes à Lausanne proposent des consultations sans rendez-vous, anonymes et gratuites, permettant de toucher des jeunes qui n’oseraient pas franchir les portes d’un cabinet de psychiatrie.
4.3 Les plateformes numériques d’aide
L’application Viktor et le site SafeZone proposent un soutien psychologique en ligne pour les 14-25 ans, complétant l’offre téléphonique du 147 (numéro d’urgence Pro Juventute, gratuit 24h/24).
Partie 5 : Actualité politique (2025-2026)
5.1 Vers une stratégie nationale pour l’enfance et la jeunesse
Lors de la session de printemps 2026, le Parlement délibère sur plusieurs postulats (25.3332-25.3139) visant à développer une stratégie nationale en matière de politique de l’enfance et de la jeunesse, basée sur trois piliers : la protection, l’encouragement et la participation 10.
Pro Juventute recommande l’adoption de ces postulats, arguant que les offres cantonales et les priorités politiques varient considérablement d’un canton à l’autre, faisant dépendre l’accès à la protection du lieu de résidence.
5.2 La lutte contre les cyberviolences
Le postulat Schneider (25.3824), examiné le 2 mars 2026, charge le Conseil fédéral d’examiner les moyens de créer un centre de consultation pour les victimes de cyberviolences 10. Pro Juventute soutient cette initiative, soulignant que la violence numérique touche particulièrement les enfants et les jeunes.
5.3 Le constat de l’UNES
L’Union des étudiant·e·s de Suisse (UNES) demande une adaptation du système de bourses pour garantir un accès équitable aux études et prévenir la détresse psychologique liée aux difficultés financières. Elle exige également la mise en place de services de conseil professionnels en matière de santé mentale au sein des hautes écoles 8.
Conclusion
La souffrance des jeunes en Suisse est réelle, documentée, et insuffisamment prise en charge. Le Rapport national sur la santé 2025, l’étude jeunesse 2026 de Pro Juventute et l’enquête sur les étudiant·e·s de l’OFS convergent vers un constat alarmant : une génération est sous pression, et le système de soins n’arrive pas à suivre.
Les causes sont multiples : pression scolaire, inquiétude pour l’avenir, crises mondiales, réseaux sociaux, inégalités sociales. Mais une constante demeure : les jeunes femmes et les jeunes issus de l’immigration sont les plus touchés.
La réponse politique commence à s’organiser, avec les postulats pour une stratégie nationale examinés lors de la session de printemps 2026 10. Mais l’urgence est là. Chaque mois d’attente pour une consultation, c’est un jeune qui souffre en silence.
// Sources — Références documentaires
- Observatoire suisse de la santé (Obsan). (2025). Santé mentale en Suisse : évolution, promotion, prévention et prise en charge. Rapport national sur la santé 2025. Neuchâtel : OFS. [Source officielle]
- Office fédéral de la statistique (OFS). (16 février 2026). En 2024, un enfant sur sept vivant dans un ménage à bas revenu a subi des privations dans des domaines importants de la vie. Communiqué de presse. Neuchâtel : OFS. [Source officielle]
- Promotion Santé Suisse. (2026). Cycle de soutien 2026 : Amélioration de la santé psychique chez les jeunes femmes. Berne. [Source officielle]
- Pro Juventute. (16 mars 2026). Étude jeunesse 2026 : un·e jeune sur dix se tourne vers l’IA en cas de préoccupations. Communiqué de presse. Zurich. [Source officielle]
- Observatoire suisse de la santé (Obsan). (2025). Rapport national sur la santé 2025 — Messages clés. Neuchâtel : OFS. [Source officielle]
- OFS / Swissinfo. (2025). Enquête sur la santé — jeunes adultes et désir d’enfants. Neuchâtel. [Source officielle]
- Pro Juventute. (2026). Comment se portent les adolescents et les jeunes adultes en Suisse ? Synthèse de l’étude jeunesse 2026. Zurich. [Source officielle]
- Union des étudiant·e·s de Suisse (UNES). (20 novembre 2025). Les étudiant·e·s sous pression : les soucis financiers ont un impact sur leur santé psychique. Communiqué de presse. Berne. [Source officielle]
- Le Temps. (16 mars 2026). Un jeune sur dix se tourne vers l’IA en cas de préoccupation. [Presse]
- Pro Juventute. (2026). Session de printemps 2026 : recommandations au Parlement. Zurich. [Source officielle]
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